samedi 23 mai 2009

Profil bas dans les loges de Roland Garros


Pas d'hémorragie de sponsors à Roland Garros, mais des dispositifs de relations publiques à l'économie, ou moins ostentatoires. La morosité économique n'autorise plus la gabegie de petits fours et de champagne.


L'ombre de la crise se projettera sur la terre battue de Roland Garros, le tournoi de tennis du Grand Chelem qui débute dimanche porte d'Auteuil, à Paris. Non pas que le « credit crunch » et ses conséquences aient bouleversé le modèle économique de l'événement organisé par la Fédération française de tennis (FFT). « Notre chiffre d'affaires sera de 120 millions d'euros environ, soit égal à celui de l'année passée. Nos partenaires sont fidèles et nous atteindrons sans difficulté nos objectifs de billetterie, à savoir 450.000 spectateurs sur la quinzaine », affirme Gilbert Ysern, le tout nouveau directeur général de la FFT.

Il faut dire que les sponsors (BNP Paribas, Adidas, Afflelou, Lagardère, Lacoste ou bien encore Peugeot) sont liés par des contrats pluriannuels et que, pour cette édition, on note peu de mouvements hormis le retrait d'Avis et le remplacement d'Adecco par Proman, ainsi que d'Algeco par Touax. « Nous sommes dans une logique de réduction du nombre de partenaires et d'augmentation du tarif demandé aux fournisseurs », résume Fabien Grobon, directeur du partenariat. Quant aux droits télé (15 millions environ pour la France), le contrat aujourd'hui détenu par France Télévisions ne sera remis en jeu qu'en septembre, dans le cadre d'un appel d'offres qui pourrait, pour la première fois, être constitué de plusieurs lots.

Coupes dans les « RP »

La morosité économique se fera en réalité ressentir sur le plan des relations publiques, les fameuses « RP ». Les budgets de représentation des entreprises sont « faciles à couper », notamment pour les non-partenaires qui achètent leurs places en loges à l'année. Un phénomène qui, depuis fin 2008, ne touche pas que Roland Garros. « Wimbledon, qui dispose de peu de sponsors mais vend ses «RP» cinq fois plus cher, souffrira plus », estime Gilles Portelle, directeur général de Havas Sports. Sur ce plan, le dernier Tournoi des six nations a été mauvais, et l'ensemble des grands rendez-vous sportifs français est touché.

Chaque année, ce sont plusieurs dizaines de milliers de places dites « avec prestations » qui sont distribuées aux VIP porte d'Auteuil.

Traditionnellement, début juin, le cadre supérieur parisien prend ses quartiers aux abords du bois de Boulogne à l'heure du déjeuner. Le rituel est immuable : accueil personnalisé, repas de qualité, champagne et, souvent, seules quelques minutes sur le cours en début d'après-midi, car « il faut bien retourner travailler » ! En période de crise, l'heure est aux économies et à la discrétion sur des dépenses dont les salariés ne comprennent pas toujours l'utilité commerciale. Plus question de parader en loge, cigare au lèvre et coiffé d'un panama, aux côtés des Jean-Paul Belmondo et autres Patrick Bruel ! « Il y a clairement, notamment de la part des grands groupes, une volonté d'acheter la paix sociale », explique Didier Tibaut, président de Derby, l'une des agences de « RP » agréées (lire ci-contre). Gilbert Ysern parle, lui, d'« obligation morale ». Bien sûr, des entreprises ont réduit ou annulé leur dispositif pour de réelles obligations économiques.

Restrictions chez les sponsors

Au final, la FFT annonce une baisse des ventes de 2 % à 3 % sur le volant de « packages » de relations publiques qu'elle vend elle-même. « On s'en sort, mais les années précédentes, tout était vendu trois mois avant », précise le directeur général. « Nous avons maintenu nos marges et il n'y a pas vraiment eu de braderie sur les prix, mais les prestations les moins chères sont parties en premier », raconte Didier Tibaut. Le prix d'un « package » VIP à Roland Garros oscille entre 400 et 1.100 euros.

Chez les sponsors, l'heure est aussi aux restrictions, mais encore modestes. « Nous faisons autant avec moins de budget, en rusant. On supprime le fromage des déjeuners et nous avons un espace en moins », indique Catherine Montfort, responsable du sponsoring de Peugeot. Chez BNP Paribas (6.000 invités au total), on rogne sur le champagne et on évite le homard dans les buffets. « Mais, comme nous disposons de places prévues dans notre contrat, on ne va pas les laisser vides », explique Emmanuel Gaye, porte-parole d'Adidas. Les économies portent également sur les déplacements organisés par les collaborateurs qui viennent des régions ou de l'étranger. « Chacun a son budget et arbitre en fonction de ses priorités », dit Catherine Montfort. « Nos collaborateurs étrangers viennent une fois deux jours plutôt que deux fois un jour », renchérit-on chez Adidas. Il n'y aura donc pas de places vides au fameux « Village ». Même Avis a été remplacé, par Orange.

Il faut dire que les relations publiques ont une vraie utilité. Lobbying ou relations commerciales, il y a longtemps qu'il ne s'agit plus d'un simple loisir pour président en goguette. Roland Garros est au centre de la stratégie de communication de la gamme tennis d'Adidas. « C'est au coeur de notre politique de sponsoring et nous allons lancer notre nouveau parfum, Challenge », explique, de son côté, Christophe Chenut, directeur général de Lacoste. Il y a longtemps que les « RP », comme le sponsoring, sont un élément du « mix marketing » ou commercial des marques.

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