vendredi 12 décembre 2008

Bouygues et Orange montent au créneau contre l'attribution d’une licence 3G à Free


Selon Martin Bouygues, un nouvel entrant sur le marché mobile entraînerait des pertes d’emplois chez les opérateurs. Le patron d'Orange, Didier Lombard, affirme que le futur président de l’Arcep s’opposera à l’attribution de la quatrième licence 3G.


« Si le gouvernement autorise un nouvel entrant à venir faire de l'"ultra-low cost" dans le mobile, il prend une lourde responsabilité, déclare Martin Bouygues dans un entretien aux Echos publié le 11 décembre. À terme, une guerre des prix peut provoquer de 10 000 à 30 000 pertes d'emplois chez les opérateurs. »


Le P-DG du groupe Bouygues vise sans le nommer Free, le FAI du groupe Iliad, seul
candidat en 2007 du premier appel d'offre pour la quatrième licence de téléphonie mobile de troisième génération (3G). Une candidature alors rejetée par l'Arcep (*), car Free demandait un étalement du paiement du prix de la licence - 619 millions d'euros. Depuis, toutes les options pour l'attribution de cette licence sont ouvertes.

Un appel à candidature au premier trimestre 2009
Lors de la présentation du
plan France numérique 2012, en octobre dernier, Éric Besson, a annoncé que le prochain appel à candidatures pour cette licence sera lancé au premier trimestre 2009. « Les critères de concurrence favoriseront en particulier des candidats nouveaux entrants ou opérateurs déjà en place qui proposeront de meilleures conditions aux opérateurs mobiles virtuels. Il ne s'agit donc ni d'imposer ni d'exclure un quatrième opérateur », avait alors indiqué le secrétaire d'État au Développement de l'économie numérique.
Selon les plans du gouvernement, le schéma d'attribution des 15 MHz de fréquences disponibles dans la bande des 2,1 GHz se fera en plusieurs lots. Reste à savoir si les critères de l'appel favoriseront en priorité un nouvel entrant, ou s'ils seront ouverts à tous les opérateurs. Dans ce cas, Orange, SFR et Bouygues Telecom, qui se partagent aujourd'hui 95 % du marché mobile en France, espèrent bien remporter la mise car la perspective de l'arrivée de Free sur ce marché ne leur plaît guère.
Le trublion de l'ADSL clame en effet haut et fort qu'il diviserait par deux le budget annuel de l'abonnement à la téléphonie mobile des foyers s'il obtenait la fameuse quatrième licence 3G.
La quatrième licence est enterrée, selon le P-DG d'Orange
De son côté, Orange semble confiant. « La quatrième licence de téléphonie mobile, c'est enterrée », a confié Didier Lombard, le P-DG de France Télécom, à des analystes de la Société Générale lors d'une réunion organisée par la banque le 3 décembre. Cette déclaration a été répercutée dans une note interne de l'établissement, révèle Le Canard Enchaîné dans son édition du mercredi 10 décembre.
Le patron d'Orange justifierait cette affirmation par le fait que le futur président de l'Arcep,
Jean-Claude Mallet selon une information de l'AFP publiée le 1er décembre, serait « un régulateur plus amical » que l'actuel, Paul Champseur.

Le prochain président de l'Arcep soucieux des intérêts des opérateurs ?
Ce dernier, dont le mandat arrive à échéance le 31 décembre, a en effet adopté une position visant à favoriser la concurrence sur le marché du mobile, notamment en soutenant l'attribution d'une quatrième licence UMTS à un nouvel entrant. L'Arcep a d'ailleurs publié en septembre un
avis en ce sens, suite à une consultation publique : selon le régulateur, l'arrivée d'un nouvel entrant dans le secteur mobile « serait de nature à produire des effets positifs sur le marché de détail, en particulier en termes d'attractivité tarifaire, d'innovation dans les services, mais également sur le marché de gros via une stimulation au profit des MVNO ».
La donne devrait donc changer avec l'arrivée du nouveau président de l'Arcep. Jean-Claude Mallet, ancien secrétaire général de la Défense nationale, est un « patriote plus soucieux de soutenir les champions nationaux que de doper la concurrence », aurait déclaré le P-DG de France Télécom aux analystes de la Société Générale. Selon Le Canard Enchaîné, Didier Lombard connaît bien Jean-Claude Mallet car il lui donne « des cours intensifs de télécommunications ».


(*) Autorité de régulation des communications électroniques et des postes


Par
Emilie Lévêque, ZDNet France

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